General Elektriks @ Big Band Café à Caen (Herouville-Saint-Clair) 01/11/2012

14 Nov

Il y a maintenant un peu plus de trois ans que j’ai découvert General Elektriks par leur interprétation de « Raid The Radio » à Taratata (c’était en septembre 2009), le coup de foudre avait été immédiat. J’en étais la première surprise car, en ce temps là, je ne jurais que par les guitares. General Elektriks est donc le premier artiste à avoir ouvert mon esprit à la musique électronique. Tu vas me dire que ce n’est pas de l’electro pure, certes, mais le clavier est quand même au centre de leur musique et, apprécier ce style était une chose nouvelle pour moi. Leur attitude scénique m’avait aussitôt donné envie de goûter à l’un de leurs concerts, mais je n’ai pas réussi à croiser leur chemin avant ce fatidique 1e novembre 2012 que j’attendais avec grande impatience.

Nous arrivons un peu après l’ouverture des portes, il reste portant une petite place au premier rang (Je comprendrai plus tard que ce n’est pas la meilleure). C’est Lateef The Truthspeaker qui assure la première partie. Ce chanteur de Hip Hop californien est un ami de longue date d’RV Salters puisqu’il a participé au premier album de General Elektriks, Cliquety Kliqk, sorti en 2003. Je me suis un peu renseignée avant le concert, je connais donc l’amitié qui les lie, et je sais que cet artiste accompagne le groupe pour une série de dates sur cette tournée. En bon membre du public, je mets un point d’honneur à faire du bruit et taper des mains pour répondre à ses sollicitations, mais je dois avouer que c’est un style de musique qui ne me touche pas du tout. Néanmoins, il défend son art avec passion et réussit remarquablement bien à chauffer la salle.

C’est au changement de plateau que je comprends à quel point la place que j’occupe est un mauvais choix stratégique: les techniciens viennent poser, juste devant mon nez, un caisson de transport qui supporte une enceinte de retour (eh ben, voilà pourquoi c’était la seule place libre au premier rang. Hahaha…pas comique). Je me recule un petit peu, mais je n’ai plus vue sur l’ensemble de la scène et la batterie se retrouve dans mon « angle mort », dirons-nous. Moi qui aime bien laisser voyager mon regard tour à tour sur chaque musicien, me voilà un peu frustrée…

Frustration vite apaisée par l’apparition d’RV qui « même en vrai » me donne l’impression d’être un petit oiseau qui effleure à peine les touches de son Clavinet et va s’envoler à chaque fois qu’il bondit. Un sentiment de légèreté imprègne alors instantanément ton esprit et a le don de faire disparaître la moindre trace de stress qui aurait pu encombrer ta journée. La chanson The Spark ouvre le set, c’est également la première chanson de l’album Parker Street, et une de mes préférées. Je l’ai filmée pour toi:

Si tu regardes attentivement cette vidéo, tu pourras constater, sur la droite de l’image, que l’objectif d’un appareil photo est omniprésent. Alors, ok, c’est bien d’avoir du mathos pour faire des jolies photos (et probablement l’accréditation qui va avec), mais je ne vois pas en quoi ça te donne le droit de flanquer ton matériel encombrant devant le nez des gens pendant toute la durée du concert. Pour deux ou trois photos, durant quelques morceaux,ok…. mais plusieurs dizaines de photos sur chaque chanson, pardon, mais c’est gâcher égoïstement le plaisir des gens qui cherchent simplement à profiter du spectacle. Je me recule encore un peu, afin de ne pas me laisser gagner par la mauvaise humeur, faut-il dire que l’ambiance musicale qui règne encourage plutôt à l’apaisement. Le cœur délesté des petits soucis du quotidien, tu te laisses porter par la douceur de la voix d’RV et la musique dont les ondes te traversent et obligent ton corps à se mouvoir: bondir, hocher de la tête, taper des mains, même si tu n’as pas envie de bouger, tu surprendras, au minimum, le bout de tes orteils en train de suivre la cadence. Je trouve le public un peu mou en regard de ce que j’avais pu voir sur certaines vidéos live du groupe…J’avoue que j’ai tendance à considérer le public Normand comme très (trop) introverti (pardon, mais quand on vient de Belgique où le public est plus que chaleureux, le contraste est flagrant). Comme mon corps n’est pas emporté par les mouvements d’une ambiance de dingue, j’ai tout le loisir d’apprécier les prestations scéniques des différents membres du groupe. Enfin, sauf à la batterie…tristesse. Heureusement, Jordan et Norbert, qui se partagent la batterie, sont polyvalents. De ce fait, je peux profiter, par moment,du premier au MPC et du deuxième au vibraphone (j’aurais aussi aimé pouvoir apprécier le solo de batterie en fin de spectacle, mais bon, n’en parlons plus).

Complètement captivée par le jeu de scène de RV (qui, rappelons le, est, lui seul, General Elektriks), dont les mimiques et la gestuelle sont tour à tour ensorcelantes ou communicatives en énergie, j’apprécie la façon dont il entraîne le regard de l’assemblée vers les autres musiciens (la cohésion entre eux est telle que je ne peux pas m’empêcher d’utiliser le mot groupe lorsque je parle de General Elektriks, même si je sais que c’est RV qui crée tout). La disposition des trois claviers différents est étudiée de façon à lui permettre d’échanger, à divers moments du concert, quelques regards complices avec Eric (guitare), Norbert (vibraphone) ou Jessie (basse). Ce dernier est, en général, le plus apprécié du public avec son look excentrique et ses modèles de basses originaux (il en a même une transparente, qui permet de ne pas perdre une miette de son déhanché). Mais je ne suis pas totalement convaincue par l’étrange contraste entre les mouvements de son corps, qui sont plutôt avenants et son visage qui reste impassible. Je suis persuadée que ce paradoxe fait partie de son personnage, mais moi, je préférerais le voir sourire (cela s’est d’ailleurs presque produit à la fin de David Lynch Moments). J’aime mieux le look de Norbert avec sa crête de punk en décalage avec sa petite bouille sympathique. Mais celui qui m’a le plus surprise, c’est Eric que je n’avais pas vraiment remarqué jusqu’à présent, et qui a accaparé mon attention une bonne partie du concert. Son apparence de gendre idéal n’est qu’un leurre, il a un regard hyper expressif et tu as le sentiment que, si ses yeux se posent sur toi, tu seras foudroyé(e) sur place. Et s’il donne l’impression d’être calme et concentré la plupart du temps, il est en fait monté sur ressorts et te surprends régulièrement par de grands sauts fascinants. Bref, j’ai bien accroché sur son jeu de scène, c’est le moins qu’on puisse dire.

Parmi les temps forts de la setlist, on notera la duo avec Lateef The Truthspeaker sur Take You Out Tonight (logique, puisqu’il a participé à ce morceau sur l’album Cliquety Kliqk), les classiques qui font danser: HelicopterDavid Lynch MomentRaid The Radio et The Spark. Personnellement, les trois titres qui m’ont le plus fascinées sont Tu m’intriguesThe Genius and the Gangster et Show Me Your Hands. Cette dernière me renvoie à une petit anecdote, puisque c’est pendant cette chanson que j’ai pris, en hâte, une ultime photo du concert. Par chance, elle est plutôt jolie et illustre assez bien l’ambiance qui régnait à ce moment précis:

De retour chez moi, je la poste sur twitter, et, quelle ne fut pas ma surprise, le lendemain matin, de découvrir un message privé de General Elekrtiks me demandant l’autorisation d’utiliser cette photo sa leur page facebook. Grand honneur, qui, d’un seul coup, annule les deux petites frustrations de la veille, car, si j’étais restée au premier rang, cette photo n’aurait jamais existé.

En résumé, General Elektriks c’est, sur scène, des émotions diverses, une belle énergie, des musiciens tous un peu décalés, et de la bonne humeur à revendre. Mais c’est aussi un artiste super cool qui a le sens du respect, notion devenue bien trop rare de nos jours. (oui, oui, j’en connais qui ne se privent pas pour utiliser les photos amateurs (ou pas…) sans l’accord de leur auteur, c’est tellement facile de se servir sur internet). Et, crois-moi, tu ressors de ce concert avec une sensation de légèreté qui t’accompagnera plusieurs jours durant.

 

La setlist du jour: The Spark, Take Back The Instant, Helicopter, Frost On Your Sunglasses combiné à une reprise d’Andy Warhol de David Bowie, The Genius and the Gangster, Take You Out Tonight, Facing That Void, Little Lady, Show Me Your Hands, Raid The Radio, David Lynch Moments, Tu m’intrigues, Tomorrow We’re Leaving, Holding Down the Fort, Bloodshoot Eyes.

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