Live-report

Les plus beaux concerts sont-ils ceux où l’on va à reculons ? Amanda Palmer, La Maroquinerie, 02/11/2012

© chacaloute

Il est temps à mon tour d’affronter la peur de la page blanche et la souffrance de l’écriture. Je vais vous raconter « mon » concert d’Amanda Palmer. Une artiste qui m’était totalement inconnue et que j’ai découvert en live le 2 novembre dernier à la Maroquinerie. Ne vous étonnez donc pas si, dans ce récit, ne figure aucune biographie de l’artiste.

Comme pour toute histoire, il faut la replacer dans son contexte. Ce concert est le fruit d’une décision prise autour d’une bière après un concert des Triggerfinger. Une amie, Aline (pour ne pas la nommer), me propose une place qu’elle a en trop pour un concert d’Amanda Palmer à la Maroquinerie. Elle me décrit l’artiste comme étant influencée par le style cabaret et ayant participé aux Dresden Dolls. Je ne connais pas, je me dis pourquoi ne pas découvrir. J’accepte sa proposition au pire ça me donnera l’occasion de boire une bière avec Aline et chacaloute. Ah oui j’oubliais, chacaloute était aussi embarquée dans cette aventure par une de ses amies.

Je ne vous cacherai pas que les 15 jours suivants, une crainte m’a envahi. « Influencée par le cabaret », ça veut dire quoi ? Moi le gars qui aime les Queens Of The Stone Age, Noir Désir, Triggerfinger, je  vais me retrouver dans un concert de fans de Lisa Minnelli ? Dresden Dolls, ça sonne allemand, est-ce un concert de fans de cabaret allemand ? Autant vous dire que ma motivation était quelque peu émoussée le jour du concert ! Après une longue hésitation entre rester chez moi au chaud ou braver la pluie et le froid pour assister à ce concert, je me décide à y aller.

Première impression : la salle est pleine et la chaleur est palpable. Je ne parle pas de la chaleur humaine. On est à Paris, le public parisien n’est pas connu pour sa chaleur. Mais la Maroquinerie a cette particularité d’être une petite salle où le public est proche de la scène, mais surtout, d’être un four quand elle est remplie !

Amanda Palmer arrive sur scène en kimono. Je suis rassuré sur un point : elle ne ressemble pas du tout à Lisa Minnelli ! La salle trépigne. Le public semble composé d’inconditionnels. Tout est réuni pour passer un bon moment. C’est là qu’intervient le coup de théâtre. Ce rebondissement qui va donner à la soirée une tout autre ampleur. Amanda palmer brandit un panneau indiquant qu’elle n’a plus de voix. Dans ma tête je vois déjà arriver le plan galère et l’annulation de concert ! Comment une chanteuse sans voix peut-elle assurer un concert ? Mais je ne connaissais pas encore Amanda Palmer.

Deux premières parties : la première assurée par Jherek Bischoff, membre de son groupe The Grand Theft Orchestra, la seconde par The Simple Pleasure, mené par Chad Raines, également membre du groupe. Mais étant arrivé en retard, je n’ai profité que du second groupe.

© chacaloute

Je passe rapidement sur cette première partie : The Simple Pleasure. Ce groupe de 3 musiciens vaut vraiment le coup d’être vu sur scène. Par leur énergie, leur musique dansante et dynamique, ils sont très efficaces pour chauffer le public. Cependant, leur son estampillé années 80 est marqué par un synthé un poil trop présent à mon goût.

Après les premières parties, attente interminable. Vers 21h30, Amanda Palmer et son groupe se mettent enfin en place. C’est à ce moment précis que débute ma leçon. Ce soir, je vais apprendre ce qu’est une artiste généreuse et créative !

Pour pallier son manque de voix Amanda Palmer utilise des panneaux sur lesquels figurent les paroles (en anglais d’un côté et traduction en français de l’autre) qu’elle jette ensuite dans la foule. C’est une anarchie conviviale qui s’organise dans la salle sur le premier titre, « Smile ». Chacun passe les panneaux à son voisin (ou jette le panneau, tout dépend de la délicatesse du voisin). Elle incite le public à chanter et contre toute attente pour un public parisien, la salle entière reprend le titre. J’assiste alors au plus grand karaoké de ma vie. Je n’ai rien contre le public parisien mais il faut bien reconnaitre que nous ne sommes pas les plus bruyants, ni les plus remuants comparés à ceux d’autres régions. Combien de fois a-t-on vu des artistes se casser les dents face à ce public ? Mais ce soir là, on peut être fier, on a répondu présent ! La preuve en images :

D’ailleurs comment peut-on résister à « The Killing Type » ? En seconde position sur la setlist, ce titre est diablement bon. Le plus addictif des titres que j’ai pu entendre cette année ! Il a tout. Durant tout le morceau, la batterie et les guitares vous martèlent un rythme qui rentre dans la tête pour ne plus vous lâcher ! Je suis conquis dès le 2ème titre. Je rentre complètement dans ce concert. D’ailleurs je ne rentre pas mais je plonge littéralement dedans.
La suite du concert est encore plus intense. Certainement pour reposer sa voix, elle propose à deux fans volontaires du premier rang de chanter à sa place sur « Sing », puis sur « In My Mind ». Ce moment deviendra, je pense, leur meilleur souvenir de concert.

© chacaloute

Quoi de mieux que de se faire accompagner au piano et au ukulélé par l’artiste que l’on est venu voir ? Il faut souligner également que leur prestation a été plus qu’honorable. Beaucoup, et moi le premier, se seraient dégonflés en montant sur scène. Elles ont tenu le choc et sans aucune fausse note !

Sur la fin du concert, l’intensité et la communion avec le public est à son comble. L’apothéose est atteinte avec la reprise acoustique effectuée au milieu du public de « Want It Back ». L’originalité de l’interprétation a été l’utilisation du public en remplacement de la batterie. Il n’y a rien de plus efficace que de faire taper des pieds, des mains le public pour mettre l’ambiance dans une salle.
Vous aurez compris en lisant ces lignes, que je suis tombé sous le charme. D’abord de sa musique, son dernier album est très bon. Je conseille quelques titres comme « The Killing Type », « Grown Man Cry » ou encore « Want It Back ». Il ressort de sa musique une énergie contagieuse, une envie de danser et de sauter partout. Mais avant tout je suis tombé sous le charme de l’artiste (le fait qu’elle soit en bustier sur scène joue peut être un peu !!!). J’ai découvert une artiste créative, généreuse et ayant réussi à créer un lien avec son public (qui va bien au-delà de ses concerts !).

© chacaloute

D’autres artistes n’auraient pas hésité à annuler leur concert, elle non. Elle a tout donné ce soir là et les spectateurs le lui ont bien rendu. Au regard du déroulement de ce concert, peut on encore parler de spectateurs ? Les circonstances particulières ont fait que le public en est devenu un acteur à part entière. Cette participation totale du public n’aurait jamais été possible sans la proximité qu’a su créer Amanda Palmer avec son public. Le résultat de cette proximité est magnifique. Je fais régulièrement des concerts mais il est rare que je ressente à ce point ce sentiment.

J’y suis allé à reculons mais je ne le regrette pas. Excusez-moi ces termes, mais à ce concert « j’ai pris ma claque » ! Ce soir là, j’ai assisté à un concert convivial mais surtout à mon premier concert entièrement participatif ! Le lundi suivant, je n’ai pas hésité longtemps à prendre ma place pour son prochain concert parisien, le 4 mars à la Cigale. En espérant cette fois ci, qu’elle prenne soin de sa voix !

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