Orelsan – Zenith de Caen – 02/02/2018

7 Fév

Orelsan

(c) Morgane Nano

Le début de cette histoire remonte au 21 novembre dernier, jour de chance incroyable où la vie m’a postée devant mon ordinateur pile au moment où Orelsan annonçait la mise en vente de quelques places supplémentaires pour le Zenith de Caen déjà complet. Si l’on sait que j’avais écouté l’artiste et son troisième album pour la première fois attentivement seulement cinq jours auparavant, on peut qualifier d’improbable le concours de circonstance par lequel je me suis retrouvée en possession d’une place pour le-dit concert, là où certains fans de longue date ont échoué. J’ai eu un doute… j’avais un peu l’impression d’avoir pris la place de quelqu’un qui aurait attendu ce concert depuis longtemps. Je me suis imaginée, blasée, imperturbable, au milieu d’une foule de fans transis par les sons de leur idole. Et si je n’étais pas transportée par ce concert? J’aurais peut être revendu ma place si je n’avais pas ressenti une puissante intuition me crier : « Vas-y! ».

A travers ce récit, j’espère apporter un peu de « bonheur par procuration » (formule empruntée à Elsa qui se reconnaîtra) à ceux qui auraient aimé être à ma place.

Vers 19h30, j’entre dans la fosse : le côté gauche des gradins (quand on regarde la scène) est en train de s’échauffer la voix. Orelsan joue ce soir dans la ville qui l’a vu grandir, le public se doit d’assurer. Du côté droit, on scande, un peu plus tard : « Aurélien, une chanson! Aurélien, une chanson! » (Ndlr: Vous profiterez mieux de mon histoire si vous avez écouté l’album « La fête est finie », car les allusions aux paroles ne sont pas rares…). Bien installée au centre arrière de la fosse, je contemple le décor représentant un immeuble aux multiples étages et fenêtres qui laissent deviner les différentes vies qu’il abrite au quotidien. Une nouvelle vague d’enthousiasme traverse l’assemblée lorsque la Mamie d’Orelsan est reconnue dans les gradins (probablement celle qui l’emmenait lancer des avions en papier, me dis-je). Celle-ci subit, avec le sourire, l’assaut d’un grand nombre de selfies avec des gens du public sous le regard attentif de pas moins de trois agents de sécurité.

(c) Morgane Nano

La salle s’éteint, le décor simule une élévation vers le sommet de cet immeuble qui nous semble alors bien plus haut qu’il y paraissait. L’intro de « San » s’impose progressivement tandis qu’Orel entre en scène sur une plateforme surélevée de quelques mètres. Charisme maximum, brushing soigné (Il a de beaux veuch comme une… Bonne Meuf! Je ris…pardon). Même si je m’attendais à entendre ce morceau en ouverture puisqu’il pose l’état d’esprit du nouvel album, je l’aurais sans doute mieux savouré un peu plus loin dans le set, c’est mon titre préféré. Je ne perds pas une miette des sublimes paroles qu’il interprète à la perfection, sans le moindre accroc, même quand son câble de sécurité, lui, s’accroche et refuse un instant de le suivre. Descente en rappel, comme un Ninja, avant de lancer « Basique ». Mais non, pas celle-là! Pas si vite! Je ne suis pas prête! Ça y est, je sens que je vais rester plantée là au milieu de ces gens qui sautent déjà partout. Orelsan nous fait le coup un peu prévisible du « Je ne peux pas continuer la chanson, vous n’avez pas les bases, vous êtes trop cons! »  On n’y croit pas une seconde au vu du sourire fugace qui éclaire son visage : ça se voit trop qu’il est heureux d’être avec nous. Mais il faut reconnaître que la manœuvre porte ses fruits : mon corps m’envoie les premiers signes de perte de contrôle. Mes pieds bondissent, ma bouche chante les paroles sans oublier les petits « Ouais! » après « Les dauphins sont des violeurs ». Tout devient maintenant plus flou, et, à la fois, plus évident. Les doutes se dissipent : je suis ici et je me sens bien, je vis l’instant présent, plus rien d’autre n’a d’importance. Nous voilà engouffrés dans une révision des bases par un medley de trois anciens morceaux que je découvre avec avidité, les yeux fermés pour exacerber mes sensations auditives. (La setlist récupérée ensuite m’indiquera les titres « Différent », « Jimmy Punchline » et « Courez courez » issus du premier album). S’en suit « La pluie » je reprends « Il fait beau, il fait beau, il fait beau chez moi il fait beau » à tue-tête (remplie de lumière, d’ailleurs, ma tête). Une idée me traverse : « Bizarre, il fait tous les meilleurs morceaux en début de set ». Puis, quand retentissent les premiers sons de « Zone », je me rappelle que l’album en entier s’approche de la perfection, hormis deux ou trois morceaux qui me plaisent moins. Puisque Nekfeu n’a pas décidé de venir chanter son couplet, le morceau transite tranquillement par l’intermédiaire de la phrase « J’ai tellement traîné dans les rues de Caen, avec un mélange où tout l’monde à bu d’dans » vers le très attendu « Dans ma ville, on traîne » qui laissera le public dans un état d’émoi particulier sur le final : « Elle est même pas foutue d’pleuvoir correctement, ma ville aux cent clochers. A chaque fois qu’ils détruisent un bâtiment, ils effacent une partie de mon passé ». L’émotion se poursuit avec l’attendrissant « Paradis ». Sublime déclaration d’amour dont chacun(e) se réserve le droit de s’approprier l’un ou l’autre passage, le temps d’un moment suspendu. Pour moi, ce sera : « J’comprends pas pourquoi tu t’inquiètes quand tu prends du poids, pour moi, c’est ça d’pris, ça fait toujours plus de toi » et « On dit qu’le temps est notre détruit, le temps n’est pas notre ennemi, parce que plus j’te connais et plus j’me sens béni ».

(c) Morgane Nano

Après ces quelques minutes débordantes de sincérité, voici venu « le moment de raconter des gros mytho » dixit l’artiste avant d’entamer le déjà mythique « Tout va bien » que je reprends par cœur alors que je n’étais même pas au courant que je connaissais toutes les paroles. Moi je dis qu’en concert, il y a des connexions qui se font entre les gens, les artistes, entre humains, il se passe des choses uniques que les 6 200 personnes présentes ce soir auront à jamais en commun. Mes émotions sont décuplées, et j’aime ça. Orelsan présente maintenant les musiciens qui l’accompagnent : en plus des machines électroniques de Skeard, nous profitons d’une batterie, un clavier, une guitare parfois, et peut-être d’autres instruments que je n’aurais pas repérés.  Ces gars donnent une dimension physique à tous les sons de ce concert, ils me feront carrément aimer les deux morceaux qui vont suivre « Bonne meuf » et « Christophe » alors qu’il ne me plaisent pas trop sur l’album. Mon état de trans atteint son paroxysme au moment du freestyle qui prolonge « Bonne meuf ». Je ne comprends rien au texte, et je crois bien qu’il est un peu vulgaire, mais putain ce flow, cette énergie me remue les tripes autant qu’on bon gros morceau de Rock. Après ce moment d’une intensité rare, je ne sais plus pourquoi le public se remet à crier « Aurélien, une chanson! Aurélien, une chanson! ». Après avoir feint le malaise de la chanter devant sa famille (mais en vrai, on sent bien l’impatience dans sa voix). Aurélien nous gratifie d’un interprétation sans faille de « Défaite de famille ». Le « Mamie je t’aime » final a une saveur particulière, puisque nous savons que la principale intéressée n’est pas loin de nous. Je comprends mieux l’engouement qu’elle a suscité avant le concert quand Mamie apparaît sur l’écran géant et s’adresse à nous dans une vidéo pré-enregistrée. Non sans humour, et rayonnante, elle nous dit « J’entends rien! » à plusieurs reprises, alors nous, on crie de plus en plus fort, pour qu’ensuite, elle accompagne son petit fils sur les refrains de l’émouvant « J’essaye, j’essaye ». (J’appris par la suite que Mamie Jeannine [c’est son p’tit nom] apparaît dans le clip de cette chanson, voilà pourquoi tant de monde connaissait son visage). Vient ensuite « Quand est-ce que ça s’arrête ». Si l’instru de ce morceau est entraînante, elle reste assez complexe pour moi : le message qu’elle porte est témoin de la propension qu’a la nature humaine à se créer perpétuellement des problèmes, ça me noue un peu le cerveau. Je me complais néanmoins dans les sensations qu’elle m’inspire et laisse mon corps onduler à son rythme. Bienvenue en enfer avec « Suicide social »: dans un décor rouge sang, Orelsan, possédé par le diable, nous offre des intonations de voix dans des aigus que je ne lui connaissais. Après une petite pause de l’ordre du changement de décor, une vidéo proche de l’univers Star Wars introduit un « Raelsan » de feu. Notre Gourou réapparaît en haut de la plateforme et livre à son public une interprétation d’une telle intensité que j’en oublie de respirer. Le monde semble s’arrêter de tourner en même temps que ce morceau. Le calme après la tempête « Notes pour trop tard » m’enveloppe de sa douce mélancolie et me procure une sensation de confort intense. Je voudrais juste rester dans  ce moment pour l’éternité, à écouter des métaphores sexuelles, moi qui, pourtant, ne pense jamais à ça (ou pas). Blague à part, presque tout dans se texte résonne en moi comme une vérité profonde et me rapproche de qui je suis vraiment. Pendant « Le chant des sirènes » et « La terre est ronde » dont il semblerait que je sois la seule à ne pas connaitre les paroles, je chante quand même des « Làlàlààà », en me promettant que j’apprendrai les paroles pour la prochaine fois. Nous sommes enfin tous dignes d’être ici. Orelsan nous l’assure : « Vous avez les bases! », tout en débutant une nouvelle fois le morceau « Basique ». Dans n’importe quelles autres circonstances, ça m’aurais saoulé d’entendre deux fois et demi la même chanson, mais là, je saute juste deux fois et demi plus haut et finis bien par écraser les talons du jeune homme devant moi qui ne juge pas utile de se retourner pour me fusiller du regard. A mon avis, il kiffe tellement le moment qu’il n’en a que faire de l’intégrité de ses tendons d’Achille. Nos têtes et nos bras flottent sur le doux rythme de « La fête est finie » qui nous emmène inexorablement vers la fin du concert. Confortablement installée dans cette chanson, je savoure chaque note sans penser un instant à la sensation de vide qui s’en suivra. Jusqu’à la dernière seconde, je suis totalement présente à cet artiste dont je ne soupçonnais pas la moitié de l’immense talent il y a de ça quelques heures. Mon intuition ne m’a pas trompée : ma place était bien ici, au Zenith de Caen, le 2 février 2018.

Avec Orelsan.

 

 

Un petit aperçu image et son :

 

Remerciements:

Merci à Morgane Nano pour les photos, Manon Cornflakes pour la vidéo (dont, j’avoue, j’ai fait des screenshot) et à Audrey Fleurence pour la setlist. Et bravo pour le très bel état d’esprit qui règne dans les groupes facebook « Team Orelsan » et « Orelsan« .

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