Rencontre avec…Guns Of Brixton

21 Oct

Guns Of Brixton…j’ai découvert ce groupe il y a quelques mois seulement, en juin de cette année je pense, sur les bons conseils de Fanch. Habituellement, je me lasse des musiques instrumentales au bout de trois chansons, mais dans ce cas-ci, leur univers m’a fasciné dès la première écoute : il m’apparaissait compliqué de m’approprier cette musique, et, en même temps, elle parlait à une petite partie de moi, tout au fond, là-bas, et j’avais une irrésistible envie de la comprendre. L’écoute intensive de leur quatrième et dernier album Inlandsis a débouché sur le désir de les découvrir sur scène; souhait rapidement exaucé par leur programmation à la soirée de rentrée TFT Label, prévue le 12 octobre. Début septembre, le groupe annonce sa séparation imminente, ce concert sera donc un des derniers. J’ai choisi ce moment pour tenter une nouvelle expérience d’interview, ça faisait quelques mois que je pensais m’y remettre, mais je me retranchais toujours derrière un « Il n’y pas d’urgence ». Guns of Brixton a, du coup, créé cette urgence. Et puis, redonner VIE à la rubrique interview de My Wonderwall par une rencontre avec un groupe MORT, pourquoi pas?

Guns of Brixton live

« On fera ça après le concert, on sera plus tranquille ». Ouais, bonne idée…mais je n’avais pas mesuré à quel point je serais assommée par la claque magistrale que Guns of Brixton venait de m’infliger par leur prestation. Le principal avantage de cet état de transe est d’avoir dissipé toute appréhension avant de commencer à discuter avec Cyrille dans l’ambiance de déconne post-concert qui régnait dans les backstages.

Zyblynn: « Peux-tu présenter le groupe  ? »

Cyrille: « Nous nous appelons Guns Of Brixton, un groupe de Caen en Basse-Normandie, on pratique une espèce de Post-Rock-Dub, j’sais pas quoi… »

Z : « Nous non plus, on n’sait pas quoi, en fait…et c’est ça qu’on aime bien! »

C : « Dans le groupe, il y a cinq musiciens, qui sont : David à la guitare, Sidoine à la batterie, Nico à la basse, Tony aux machines et moi à la guitare/chant (enfin, au chant, un petit peu) et Rodolphe qui est notre sondier (ndlr : comprendre ingé son), Jérôme notre éclairagiste, et Thomas qui fait nos retours, qui n’était pas là ce soir…Et c’était notre avant dernier concert aujourd’hui. »

Z : « Faisons un petit retour vers le début du groupe. Comment avez-vous commencé? »

C : « Nico et moi, on se connaissait de groupes qu’on faisait avant Guns Of Brixton plutôt dans le Hardcore. Nos groupes respectifs ont pris fin, ou on les a quittés, et on s’est dit qu’on allait monter un groupe ensemble, mais hyper différent, on voulait sortir du Hardcore,on voulait faire du Dub. On s’est entouré de copains, Sidoine qui est notre batteur depuis toujours, et d’autres personnes qui ne sont plus dans le groupe. L’esprit était de sortir un peu du Hardcore, mais on est toujours affilié à cette scène-là, c’est toujours un truc qui nous plait, mais on avait juste envie de faire autre chose. »

Z : « Au fil de l’évolution du groupe, votre son est devenu beaucoup plus rock, qu’est-ce qui est à l’origine de ce changement? »

C : « C’est naturel…à la base, les trois personnes qui ont toujours été dans le groupe, c’est guitare-basse-batterie (Nico, Sidoine et moi), Nico et moi, on n’avait fait que du Hardcore, c’est un peu « chassez le naturel, il revient au galop ». On voulait faire autre chose, on est parti sur des trucs Dub, parce qu’on écoute plein de Reggae. Sidoine vient plutôt de la scène Reggae, les punks écoutent du Reggae (les Clash, tout ça..), on avait envie de changer, et puis au cours du temps, on a mis un peu plus de guitare, il n’y a pas de calcul, on a suivi notre élan, on ne s’est jamais dit « Tiens, on va faire comme-ci ou comme-ça ». On voulait faire du Dub, mais du Dub avec des grattes, du Dub sans DJ… Il y a toujours eu de l’électro, mais ça a toujours été des trucs joués, Tony, il joue en live, il ne fait pas « play » et puis les bras en l’air. Enfin, on a toujours fait les trucs comme des Rockeurs »

Z : « J’aime beaucoup les groupes qui font des mélanges de styles avec une couleur Rock, parce que ça m’ouvre l’esprit vers des styles musicaux qui ne m’attirent pas forcément au départ. »

« Votre musique est quasi instrumentale, selon mes enfants, « quand il chante, on ne comprends pas ce qu’il dit… »

C : « Ah ben, je ne chante pas, je crie… »

Z : « … ceci dit, mes enfants, aiment beaucoup votre musique …, comme il n’y a pas beaucoup de textes, vous êtes plus libres pour les titres, vous variez les langues, et vous citez de nombreuses références géographiques, c’est pour faire voyager les esprits? »

C: « J’aime bien faire ça, même s’il y a peu, voire pas de textes, j’aime bien dire des choses d’une autre façon. J’aime bien faire des petits clins d’œil, des petites références à la littérature, à l’histoire. »

Z : « Il y a beaucoup de références à la guerre, à la violence, aux régions Nordiques, vous aimez faire frissonner les gens? Il y a quelque chose de glaçant dans votre musique, c’est voulu? A la fin de votre concert, j’étais gelée, mais pas dans un sens péjoratif, bien sûr… »

C : « Carrément, c’est un de plus beaux compliments qu’on puisse nous faire, qu’on me dise que le concert qu’on vient de faire glace les gens. »

(Petite intervention de Nico): « Quand tu dis froid, est-ce que parfois, tu vois un moment qui te rassure? On essaie quand même de mettre un espoir de l’Humanité dans ce qu’on fait. »

Z : « Oui, c’est ça, on a froid, mais on n’a pas l’impression d’étouffer, on respire! »

« Il y a beaucoup de références à l’Histoire et la Géographie dans vos chansons, j’ai toujours détesté ces deux matières à l’école, et toi? »

C : « Ah, je suis un fan d’Histoire et de Littérature. »

Z : « Donc, Guns Of Brixton sera aussi le groupe qui m’aura fait un peu apprécier l’Histoire et la Géographie. »

« On a eu 8 minutes au Tibet dans le premier album, 8 minutes en Corse dans le deuxième, 8 minutes au Cap Adare dans le troisième, mais il n’y a pas de 8 minutes sur le quatrième album Inlandsis… »

C :  » Si, il y a un 8 minutes en Inlandsis, et ce n’est pas un morceau, c’est du bruit, c’est la plage cachée à la fin. Ah, tu vois, tu n’as pas écouté. »

Z : « Non, c’est vrai, je n’ai pas écouté la plage cachée à la fin. C’est parce que je n’avais pas encore le CD. »

Cyrille se penche sur le CD d’Inlandsis que je viens d’acheter juste après le concert.

C : « Et en fait, tu vois, il est même marqué… » (ndlr: sous la liste de titres des chansons à l’arrière du boitier, sous le flingue.).

Z : « Quel est votre meilleur souvenir de concert? »

C : « Il n’y a pas de meilleur souvenir. Le meilleur souvenir sera d’avoir fait ce groupe-là avec mes amis et d’avoir fait 11 ans avec eux. »

Sidoine intervient pour valider le souvenir d’amitié.

C : « Il y a eu plein de concerts super, il y a eu plein de concerts pourraves. »

Z : « Est-ce que les concerts pourraves sont forcément les moins bons souvenirs? »

C : « Pas forcément non au contraire, beaucoup de rigolade. »

Nico: « Le Baril à Narbonne, il ne faut jamais y aller, j’ai dormi sur une nappe en plastique. »

C : « Oui mais ça reste un souvenir génial. »

Nico: « Mais en tant que concert, c’était de la daube. »

C : « Il y a un festival qu’on voulait vraiment faire, du coup, on y a joué trois fois, et on est content. Le Fusion Festival, en Allemagne. On a fait aussi une tournée de dix jours en Allemagne, c’était vraiment un truc de ouf, on était dans une super bonne période, et puis, en Allemagne, notre musique était assez appréciée. »

Z : « Qu’est-ce qui tourne dans ton Ipod en ce moment? »

C : « J’écoute beaucoup de vieux trucs: un groupe qui s’appelle Mineral , c’est un groupe américain d’Emo des années 90, pas mal de Reggae: John Holt, Max Romeo, LKJ. Et puis, Cult of Luna, (ndlr: dont il porte le T-shirt de soir) je crois que c’est mon groupe préféré du monde, en Post-Hardcore; des vieux standards Fugazi, Zenzile; des trucs de Crust comme Tragedy … Je vais du Post-Rock au Reggae, au Crust, je peux écouter du Black Metal ou de la Pop, pas tout dans chaque style, évidemment, mais si je trouve ça cool, peu importe le style…pas contre, je ne suis pas fan de l’Electro sous toutes ses formes, le côté DJ, ça ne me cause pas. Je suis un vieux rockeur. »

Z : « Un chanson que vous n’auriez pas aimé écrire? »

C : « Oh la vache, c’est tordu, comme question…(petit temps de réflexion) « Alexandrie Alexandra », le truc que t’entends partout, t’as envie de casser la gueule des gens qui le chantent. »

Z : « Vous avez annoncé la fin imminente du groupe, avez-vous une dernière volonté avant votre exécution? »

C : « Qu’on reste pote, et qu’on fasse autre chose ensemble. »

Guns of brixton peine capitale

dessin par David Snug

C’est sûr que l’amitié et la passion sont encore bien présentes au sein du groupe: Il n’y a qu’à les voir sur scène, pour comprendre à quel point ils sont habités par leur musique et transmettent des émotions puissantes, il était difficile de réaliser que ce concert était un de leurs derniers. Ils ont fait le choix d’arrêter l’aventure alors qu’elle est encore belle. Je suis vraiment contente d’avoir croisé leur route avant la fin de cette histoire, le souvenir de ce concert n’en sera que plus intense. Je n’aurai pas le plaisir d’y être, mais il te reste une ultime occasion d’apprécier leur talent en live: Les Guns of Brixton fêtent leur mort ce jeudi 24 octobre au Big Band Café à Hérouville-Saint-Clair (Caen) avec leurs potes de Totorro et Zenzile, cours-y, ça va être génial (je crois même qu’il y aura des surprises …).

Je voudrais remercier Cyrille, Nico et Sidoine pour leur disponibilité (et leur humour), les organisateurs de la soirée TFT Label pour la super organisation (Une association pleine de bonnes idées, à suivre absolument), David Snug qui m’a prêté son beau dessin pour illustrer cette interview (va donc faire un tour sur son blog) et Christel qui m’a accompagnée dans ce plan foireux de deux fois deux heures de route pour voir des concerts de groupes qu’elle ne connaissait pas (heureusement, elle a apprécié) et en plus elle a conduit pour le retour (ça, c’est une vraie amie).

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Trackbacks and Pingbacks

  1. Rencontre avec... Totorro | My Wonderwall - 26 décembre 2013

    […] fête de la mort de Guns Of Brixton (pour (re)voir l’interview de ces derniers, c’est là ). Trop triste de ne pouvoir assister à cette soirée d’adieu, j’ai décidé de noyer […]

  2. Le Top Concerts 2013 de la rédaction | My Wonderwall - 15 janvier 2014

    […] Mon année 2013 fût également marquée par l’arrivée de la musique instrumentale dans ma vie : Guns Of brixton en a été l’instigateur (et aussi Fanch qui a amené leur son à mes oreilles), la transition a peut être été facilité par le fait qu’il y ait un tout petit peu (mais très peu) de voix (enfin…de cris), dans leurs chansons. Toujours est-il que nos routes ont a peine eu le temps de se croiser, puisque ce groupe Caennais n’existe plus depuis le 25 octobre dernier. Ce qui compte, dans cette histoire, c’est que j’aie pu assister à leur avant-dernier concert organisé le 12 octobre par le TFT Label à L’Aigle, que j’aie pu ressentir la cohésion, l’intensité, les vibrations, les frissons…Ce groupe m’a appris qu’on peut transmettre des émotions fortes et précises par la musique, rien que la musique, je pense que jamais un concert ne m’a glacée comme celui-là, et ceci est un compliment, bien évidemment. (Tu peux relire une de leurs dernières interview par ici) […]

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