Rencontre avec… Totorro

26 Déc

J’ai découvert le groupe Totorro, tout simplement parce qu’il était venu jouer au Big Band Café pour la fête de la mort de Guns Of Brixton (pour (re)voir l’interview de ces derniers, c’est  ). Trop triste de ne pouvoir assister à cette soirée d’adieu, j’ai décidé de noyer mon chagrin dans la découverte de ce jeune groupe dont les Guns, eux-même, m’avaient vanté les talents.  Et c’était franchement une bonne idée, car le dernier EP de Totorro « Home Alone », est un excellent remède contre la morosité, on y trouve une bonne réserve d’énergie et de bonne humeur. Et pour les faire revenir sur scène à Caen, il suffisait de voter assidûment pour eux au concours Ampli Ouest France, ce que j’ai fait, et comme plein de gens ont fait pareil, ils ont été sélectionnés pour cette finale au Cargö. L’occasion rêvée de les rencontrer…quelques minutes avant qu’ils montent sur scène pour défendre leur musique devant un jury de professionnels.

Zyblynn : « Pouvez-vous vous présenter rapidement ? « 

Totorro : « Bertrand à la batterie, Xavier à la basse, et Christophe et Jonathan aux guitares. » (ndlr : dans l’ordre sur la photo ci-dessous)

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(c) Christel Berghe

Zyblynn : « Comment a débuté le groupe? »

Christophe : « Jonathan et moi nous sommes rencontrés aux alentours de 13 ans, nous avions quelques boutons, et nous faisions de la guitare ensemble, puis nous avons rencontré Xavier au Lycée au environ de la première – terminale, puis nous avons rencontré Bertrand à la batterie à la première année de faculté. »

Zyblynn :  « … de faculté de …? »

Christophe : « Bertrand, il faisait de la chimie. Jonathan, il a fait de l’audio-visuel, puis des sciences de l’éducation. »

Jonathan : « Usage socio-éducatif des technologies de l’information et de la communication : USETIC. »

Christophe : « Xavier a fait des études de son, et moi, j’ai fait des études de son, également…et d’Anglais… »

Zyblynn : « Et maintenant, vous ne faites plus que de la musique? »

Totorro : « On est en voie de professionnalisation. Même si on n’en vit pas, on s’est dédié à ça. »

Zyblynn : « Question de mon fils aîné, Guillaume qui a 8 ans : « Le nom de votre groupe est inspiré du dessin animé Totoro de Miyasaki. Pourquoi ce dessine animé-là? » »

Tout les regards se portent sur Jonathan : « Elle est pour toi, celle-là! « 

Xavier : « Un jour, il l’a regardé sept fois. »

Jonathan : « Ouais, je l’ai beaucoup regardé, j’aimais bien, et puis, j’ai proposé Totorro, et on trouvait ça marrant dans l’optique d’un groupe de lycée qui ne se prenait pas trop au sérieux. Après, c’est pas tous notre came, ce dessin animé, surtout avec le temps, on grandit mais on trouvait ce nom chouette, alors, c’est resté. »

Zyblynn :  » Comment définiriez-vous votre musique sans utiliser les termes classiques, sans étiquette de style ? »

Après une petite discussion entre les membres du groupe, d’où ressortent plusieurs mots « interdits » dans le cas présent, comme : « Rock », « planant »,  » sans chant »… Christophe trouve l’inspiration :  » Je dirais que ça ressemble à du hachis parmentier avec du ketchup entre les couches…et de la sauce burger. »  Tout le monde approuve et surenchérit :  » C’est super gras, quoi! « . (Rire généralisé.)

Zyblynn : « Voici cinq images extraites du dessin animé Totoro, selon vous, laquelle représente le mieux votre univers, votre musique? »

Un homme passe dans la pièce où nous faisons l’interview et intervient (Coucou Monsieur, si tu nous lis.): « Et pourquoi Totorro, parce que, bon, vous êtes des grands, maintenant? ».

Christophe (en montrant Jonathan): « Parce que, il est resté petit super longtemps, lui. »

Le Monsieur: « Vous ne grandirez  jamais, quoi? »

Jonathan: « Il y a un peu ce côté – là, je pense qu’on est des grands enfants. »

Christophe :  » Moi, je ne trouve pas qu’on est grand. » (Rires)

Revenons à nos photos : Tout le monde s’accorde sur les photos n°1 et puis n°2. La n°1 (avec les grandes bouches), parce qu’elle a ce côté amusant revendiqué et assumé que dégage la musique de Totorro (sur le dernier EP « Home Alone », en tout cas). Et la n°2?

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Xavier: « Parce qu’on habite en Bretagne, et il pleut beaucoup. »

Christophe: « Parce que des fois, il ne fait pas beau, et on dirait que c’est chez nous, et des fois, c’est triste. » (ndlr : sauf que, là, tout le monde rigole.)

Zyblynn :  » Musicalement, entre le deuxième EP « All Glory To John Baltor », et le troisième EP « Home Alone », il y a un gros changement d’univers, que s’est-il passé? »

Totorro : « On a écouté d’autres choses, on a rencontré d’autres personnes, qui nous ont fait écouter plein de musiques différentes, et on a eu envie de faire ça. « 

Zyblynn: « J’ai vu une vidéo sur votre chaîne Youtube une chanson que je ne connaissais pas, en version live: Eric Colson, c’est une nouvelle? »

Totorro: « C’est peut être celle du nouvel album qui ressemble le plus à ce qu’on faisait avant, mais quand même avec la patte de ce qu’on fait maintenant. »

Zyblynn: « De mon ressenti, ce que vous faisiez avant, je l’interprétais de manière assez sombre, et votre musique actuelle, c’est vachement joyeux. Au niveau des émotions transmises, c’est presque le noir et le blanc, mais, d’un autre côté, on reconnait que c’est votre son, c’est bien fait. »

Totorro: « C’est parce qu’avant, on était des ados, on était tiraillés, alors que maintenant, on s’assume (rires). Et aussi, c’est par plaisir de jeu qu’on est parti là dedans, parce que c’est plus rythmé, plus fun, on y trouve plus de plaisir sur scène. »

Zyblynn : « Encore une question d’un de mes fils: Alexandre 7 ans:  » Sur l’EP « Home Alone », pourquoi les chansons ne sont pas séparées? (ndlr: il n’y a pas d’interruption entre les morceaux, quelques notes de transitions entre chaque titres). »

Totorro:  » Il y a beaucoup de cassures rythmiques, à l’intérieur même des chansons, alors, on pourrait croire déjà, dans un morceau, qu’il y a plusieurs parties, du coup, quand on passe sur un autre morceau qui réutilise la même gamme, on pourrait ne pas se rendre compte que c’est une autre chanson. C’est pas vraiment travaillé, mais ça veut peut être dire qu’on fait des choses cohérentes…ou peut-être répétitives, aussi…à méditer, les garçons… »

Zyblynn: « J’aime bien inventer des histoire autour d’une musique. Parmi vos chansons, y-en-a-t-il une liée à une histoire que vous pourriez partager avec nous? »

Totorro: « Souvent, les titres de nos chansons, c’est des jeux de mots entre nous, c’est très privé, mais ça nous fait marrer, après, les gens interprètent ça comme ils veulent. Il y a toute cette phase où on compose le morceau, on a des souvenir très personnels liés à chaque chanson. « Home Alone », c’est peut être le plus incisif, car on l’a composé juste avant de prendre notre colocation. C’est le dernier morceau qu’on ait composé avant d’habiter ensemble »

Zyblynn: « Ah, donc, vous habitez ensemble? Tout le temps? »

Totorro: « Oui, on habite tous les quatre dans une maison à la campagne. On a fait les prises de l’album, qui sortira prochainement, dans cette maison. On a le local de répétition chez nous, on répète quand on veut, c’est chouette! »

Zyblynn : « Sur votre chaîne youtube, j’ai regardé toutes les petites vidéos faites maison, c’est super rigolo, il y en a une ou vous chantez des chansons de Pokemon, c’est marrant… »

Totorro: (rire généralisé). « Hahaha, c’est trop bien! Yes, c’est bien qu’on nous parle de ça, on ne nous en parle jamais! »

Zyblynn : « Avec toutes ces vidéos bricolées, vous n’avez même pas fait un petit clip home made? »

Totorro : « On n’a pas pris le temps de le faire, mais, maintenant, on a signé avec un label de musique, on va faire un clip avec un peu plus de moyens, ça va être bien. »

Zyblynn : « En tournée, notamment à l’étranger, vous êtes souvent accompagnés d’un autre groupe, je pense notamment à Jean Jean ou The Forks. Quels sont les avantages? »

Totorro: « Ça simplifie tout le côté logistique, et puis, c’est sympa, c’est aussi des vacances. Quand on est parti en tournée avec Jean Jean, on ne les connaissait pas, on n’avait jamais joué avec eux.

Zyblynn: « Comment on se retrouve à partir en tournée avec un groupe qu’on ne connait pas?

Totorro: « Avec Jean Jean, on se connaissait un tout petit peu. Musicalement, entre Jean Jean et Totorro, il y a beaucoup de choses qui se croisent, et on avait un copain qui a monté une agence de booking, il organisait une tournée, il aimait bien Jean Jean, et il aimait bien ce qu’on faisait. »

Zyblynn : « J’ai découvert Jean Jean un peu avant votre musique, je ne savais pas que vous vous connaissiez, mais je trouve que leur musique ressemble beaucoup à ce que vous faites maintenant, notamment sur votre dernier EP « Home Alone », leur musique dégage quelque chose de joyeux, comme la votre. »

« Avec The Forks, vous avez joué des chansons ensemble, sur scène, non? »

Totorro: « Oui, on a fait deux morceaux ensemble, on rajoutait une batterie, et puis le guitariste des Forks nous rejoignaient (ndlr: Les Forks sont deux, ça fait donc six sur scène). »

Zyblynn : « Y-a t-t-il un groupe avec lequel vous aimeriez partager la scène ? »

Totorro: « Daughters (enfin, surtout pour Xavier), un groupe que tout  le monde connait Mogwai, ou Torche ce serait bien … Civil Civic ce serait la marrade avec eux. »

Zyblynn : « Vous avez joué dans plein de pays, déjà. J’ai relevé la Belgique, Allemagne, Hongrie, Slovénie, République Tchèque, Italie. Quelle autre destination vous intéresserait ? »

Totorro: « Re-Belgique et Hollande, c’est prévu en février 2014. »

Zyblynn : « Et une destination nouvelle qui ne serait pas encore concrétisée ? »

Totorro : « Le Japon, on aimerait beaucoup, mais il n’y a rien d’officiel. »

Zyblynn : « Quelle chanson n’auriez-vous pas aimé écrire ? »

Xavier : « Les Lacs du Connemara de Michel Sardou. »

Le groupe se met finalement d’accord pour la chanson de Tetris. (Ndlr: qu’ils se mettent à chanter pour qu’on se rende compte à quel point elle est, effectivement, énervante.)

Zyblynn : « Qu’est ce qui tourne dans votre ipod en ce moment ? »

Christophe : « Rien, parce que je n’ai pas d’ipod, j’ai un iphone, mais la sortie casque ne marche plus. »

Xavier : « Rien, c’est un groupe qui s’appelle « Rien », c’est de la bombe ! »

Jonathan : « Tim Hecker, l’album « The Ravedeath 1972″ »

Christophe: « J’ai pas d’ipod, mais je peux quand même écouter Paramore avec le HP,…ah mais si, mais j’écoute le Best Of de Nirvana dans ma bagnole. »

Zyblynn : « Donc, l’album sortira en mars 2014 . Avez-vous une petite exclu pour My Wonderwall ? »

Totorro : « L’album s’appellera « Home Alone », il comptera 8 titres, il y aura un peu de chant, il n’y aura pas de synthe, mais parfois, on pourrait avoir l’impression qu’il y en a, à l’écoute de l’album. »

Zyblynn : « Donc, il faudra venir vous voir sur scène pour comprendre comment vous faites ces sons. Ce soir, vous allez jouer uniquement des morceaux du nouvel album? »

Totorro : « On va jouer tous les morceaux, à une chanson près. »

Zyblynn : « Waouh, on a beaucoup de chance, j’ai bien fait de voter pour vous! »

« Merci de nous avoir consacré un peu de temps. »

Quelques dizaines de minutes plus tard, les membres de Totorro montaient sur scène pour défendre leur art, et voici comment j’ai perçu ce moment: si la bonne humeur domine dans leur musique, ils créent néanmoins une sorte de tension tout au long du set qui maintient le public en haleine. Quelques moments de relâchement laissent  place à une sorte d’élan, où une vague d’euphorie envahi le public qui devient le reflet de l’intense cohésion du groupe sur scène.

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Après avoir mis le public dans sa poche, Totorro a également convaincu le jury, puisqu’il a remporté le concours Ampli Ouest France, avec, à la clé, quelques sous pour réaliser leurs projets artistiques.  Et (surtout), un smartphone chacun, je suis super contente d’apprendre que Christophe a reçu un nouveau téléphone, parce que, quand même, la prise casque de l’iphone qui ne marche plus, c’était trop triste…

Tous les ingrédient d’une soirée réussie étaient donc réunis: une rencontre très sympa (on rigole vraiment bien, avec les Totorro), une claque musicale  comme on aimerait en recevoir plus souvent, et un jury qui (pour une fois) a choisi mon groupe préféré de la soirée.

Je voudrais encore remercier les autres groupes qui jouaient ce soir-là: Scarlet, The Red Goes Black, Elodie Rama et Coco Grrrls, ainsi que Christel qui m’a, une fois de plus, accompagnée dans mes délires d’interview, et aussi Baptiste qui a réalisé les montages photos pour illustrer cet article.

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