Une première fois inoubliable. Radiohead, Bercy, 11/10/2012.

29 Oct

C’est entre excitation et appréhension que j’ai passé les quelques jours précédant le concert de Radiohead. Comme n’importe quelle première fois. Oui, ça peut paraître étonnant mais je n’avais encore jamais vu Radiohead sur scène. Sans doute parce que, très accrochée à leurs trois premiers albums, j’ai (bêtement) fait confiance à ceux qui déclaraient que leur virage vers une musique plus électronique, perchée et torturée, rendait leurs concerts chiants (y a qu’à lire le dernier article – plutôt révoltant – des Inrocks, de quoi te faire bien stresser 2 jours avant d’y aller…). Heureusement, l’envie de les voir au moins une fois dans ma vie aura été plus forte. Merci chère intuition féminine.

Ce jeudi 11 octobre, la pluie était au rendez-vous sur le parvis de Bercy. La foule aussi, rassemblée en masse pour assister à l’un des plus grands concerts de cette rentrée 2012. Quatre ans après son dernier passage dans cette même salle, le groupe affichait salle comble pour ses deux dates. Pourtant une demi-heure avant, l’entrée est relativement rapide, le placement relativement facile. Premier quart de fosse, sans forcer.

20h pile, la première partie récurrente sur l’actuelle tournée de Radiohead, Caribou , entre en scène. Derrière ce pseudo à forte consonance canadienne se cache une personnalité de l’électro pop, Daniel V. Snaith, ici accompagné de trois musiciens. N’étant pas très branchée électro, je vais vous la faire courte, à l’image du set : 5 titres, 30 minutes. Un son électro donc, plutôt intéressant je dois dire, grâce aux puissantes percussions et à la présence scénique d’un batteur placé stratégiquement sur le devant de la scène (à la façon des belges de BRNS, de plus en fréquent on dirait). A noter le jeu de lumières assez classe, entre spots brumeux et néons tranchants, qui m’a rappelé les shows de Death In Vegas. Prestation bien accueillie par le public mais quand même, écouter de l’électro à l’apéro, c’est un peu trop tôt pour moi.

30 minutes d’entracte. On patiente sagement tandis que la foule continue de se resserrer autour de nous. Les gradins sont pleins. A ma grande surprise, la fosse est majoritairement masculine ; à mon grand regret, majoritairement grande. Oin.

21h. Les acclamations montent dans le public, le groupe fait son entrée. Radiohead entame son set sur « Lotus Flower », l’un des singles de son dernier album The King of Limbs, plutôt pas mal comme entrée en matière. La scénographie est d’une beauté absolue : 12 écrans carrés mobiles suspendus diffusant les profils des musiciens, complétés par 6 écrans fixes au-dessus de la scène. De quoi garder une bonne vision d’ensemble même si t’as un grand chevelu devant toi. Alors autant te le dire tout de suite, je ne m’étalerais pas sur des détails du type mimiques de Thom Yorke ou sur « la mèche de Greenwood » (Konbini.fr) vu que je ne voyais pas grand-chose de ce qui se passait sur scène, on remercie chaudement les grands costauds d’1m90 juste devant. Un détail frappant cependant : deux batteries. Oui, c’est bien la première fois que je vois deux batteurs sur scène (en plus, j’ai appris par la suite que le second batteur n’était autre que Clive Deamer de Portishead) : carrément efficace aussi bien en termes de puissance de son que d’occupation d’espace. Après un délicieux « Airbag » nous renvoyant 15 ans en arrière à l’époque d’Ok Computer, les premières notes de « Bloom » résonnent et là, pensée immédiate pour War In the Bed, jeune groupe parisien que j’écoute beaucoup en ce moment, dont le titre « Ice » s’inspire clairement. Puis s’enchaînent plusieurs titres captivants, le bizarroïde « Kid A », les très rock « Myxomatosis » et « Bodysnatchers », le planant « The Gloaming »… A chaque chanson, son identité visuelle : une couleur, une dynamique d’éclairage, une disposition d’écrans. Petit bémol sur des transitions silencieuses un peu lourdes, que Thom Yorke comblait parfois d’un petit mot en français. « Separator » et « Meeting in the Aisle » viennent alors adoucir le rythme. A la moitié du set, j’étais bien, ni euphorique ni déçue, juste bien. Sincèrement, comme je connaissais assez mal la plupart des titres joués sur cette tournée, je m’attendais à ce que, d’un moment à l’autre, la fameuse « morosité » dont parlaient les Inrocks m’assaille… Pfff mais en fait n’importe quoi moi. Et n’importe quoi les inrocks (sont bons vos doigts ?). Ceci dit, le public autour semblait super calme. Ce n’est qu’au 10e morceau que j’ai compris pourquoi.

Ce 10e morceau où mon petit monde tranquille a basculé. « Nude ». Inattendues et incontrôlables, les larmes sont montées. Merde, il se passe quoi là ? Un flot d’émotions aussi brusque qu’inexplicable, irrésistible et puissant. Je n’ai rien vu venir et je n’avais surtout jamais rien ressenti de tel auparavant. Radiohead m’a touchée. Profondément. Ma retenue intérieure a lâché sous l’intensité du concert, je me suis laissée embarquer. Au-delà de la simple beauté, le chant de Thom York était littéralement pénétrant. Je ne te parle pas simplement de frissons là mais d’un sentiment qui va bien au-delà, un plaisir tellement fort qu’il en est suffoquant. La boule dans la gorge ne m’a pas quittée, impossible de me libérer de son emprise, le groupe ne lâche rien. Il fait grandir l’émotion en enchaînant sur « Pyramid Song », un titre capable de te faire pleurer rien qu’en version studio. Puis, « Reckoner », le coup de grâce, l’envolée totale. J’ai lu un live-report du même concert sur Konbini qui disait : « se laisser porter jusqu’à en décéder », c’était exactement ça.

En voici d’ailleurs un extrait filmé par agadsa (que je remercie de m’avoir gentiment autorisée à utiliser ses œuvres d’une qualité incroyable). Le premier set se terminera en apothéose sur le classique « Paranoid Android ». Magique.

Pause. Retour sur terre. Je respire enfin, reprends mes esprits. Mais rien n’est plus pareil, maintenant je « sais » et suis même prête à succomber bien volontiers au plaisir d’une nouvelle envolée. Ok, il suffisait de demander, les revoilà sur scène, reprenant de plus belle sur « Give Up the Ghost ». Dès les premières notes, je rentre à nouveau dans cette bulle d’émotions hermétique. J’en oublie les deux (grands) relous qui discutaient sans arrêt devant moi, la moiteur désagréable d’un Bercy plein à craquer. La musique, l’instant T, le bonheur d’être là, c’est tout ce qui compte. S’enchaîne une vingtaine de minutes de pur délice pendant laquelle je reste transportée, jusqu’à l’apogée de ce premier rappel, « Street Spirit », un titre assez rare en live à ce que j’avais lu et que je n’imaginais même pas avoir la chance d’entendre en concert une fois dans ma  vie.

J’aime à croire que le public relativement inerte était lui-même dans un état de plaisir absolu. En fait, je crois sincèrement que la musique de Radiohead soulève de telles émotions que chacun préfère les savourer bien égoïstement en tête à tête avec son intérieur. Ce qui expliquerait le peu d’agitation dans le public et peut-être même l’ennui ressenti par certaines personnes que leur musique ne touche pas plus que ça. Un joli moment de communion générale néanmoins, lors du fabuleux « Everything In Its Right Place » (subtilement introduit en reprenant « Unravel » de Björk), que le groupe a pris bien soin de faire durer le plus longtemps possible.

Il paraît que Thom Yorke est timide sur scène. Ah ah ouais bah ce soir-là, il semblait parfaitement dans son élément, heureux et souriant, prêt à nous entraîner dans ses chorégraphies les plus désarticulées. Troisième rappel, le groupe revient pour électriser une dernière fois les quelques 10 000 présents avec « Idioteque ». Un titre aux sonorités électro, on-ne-peut-plus parfait pour clôturer ces 2h30 de concert. Un concert qu’on aurait souhaité (encore) plus long, pour prolonger le plaisir, faire en sorte qu’il ne s’arrête jamais. Une première fois réussie, un authentique moment de vie. Magique et inoubliable.

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2 Responses to “Une première fois inoubliable. Radiohead, Bercy, 11/10/2012.”


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