Live-report

Une soirée au pays des rêves avec Beach House (Le Trianon, 20/11/2012)

Cette année, j’avais manqué deux rendez-vous avec Beach House : une date complète en mai à la Maroquinerie et un passage à Rock en Seine à la même heure que Foster The People. Malgré mes efforts pour faire le trajet Scène de la Cascade-Scène Pression Live le plus rapidement possible, je suis arrivée à peu près une minute avant la fin du set…autant dire que ma déception était grande. Je me souviens d’ailleurs avoir passé tout le (long) trajet du Parc de Saint-Cloud jusqu’à chez moi à écouter Bloom, le dernier opus du groupe. Le lendemain matin, ô surprise, une nouvelle date parisienne était annoncée : cette fois, pas question de les louper, j’ai donc immédiatement acheté une place. Rendez-vous était pris pour le mardi 20 novembre.

Beach House est typiquement le groupe que j’aurais du ne pas aimer. Un groupe de dream-pop ? Tiens donc en voilà un groupe original ! Car de nos jours, la dream-pop, on en bouffe à toutes les sauces. Ce côté planant et minimaliste, très bobo-hipsteresque, qui, en général, me laisse froide. Mais en 2010 je suis instantanément tombée amoureuse du morceau Norway, extrait de leur troisième album Teen Dream et depuis j’ai suivi de près la carrière de ce duo issu de Baltimore formé par Alex Scally (guitare) et Victoria Legrand (chant et clavier).

Devant un Trianon quasi-complet, la soirée débute avec Holy Other. Derrière ce nom mystérieux se cache un seul homme (et ses machines). Il s’agit d’une sorte d’electro mâtinée de R&B futuriste, le tout instrumentale, si l’on excepte quelques voix synthétiques. Pour être honnête, j’ai trouvé ça chiant, et en plus ça a duré 45 minutes. Plutôt long pour une première partie, surtout quand on ne l’apprécie pas.

Je profite de l’entre-acte pour écouter ce qui se passe autour de moi : un papa accompagné de ses deux enfants, âgés d’environ 8-10 ans et pour qui c’est le premier concert, leur explique quelques règles de base en concert, notamment qu’en cas d’envie pressante, il faut aller aux toilettes pendant l’entre-acte, sinon on pense plus à son envie de faire pipi qu’à profiter du concert. Sage conseil. Il leur parle également des prochains concerts qu’ils feront ensemble : The Dandy Warhols, Sigur Ros. Il est rassurant de constater que certains parents attachent un soin tout particulier à l’éducation musicale de leur progéniture. Je peux dormir sur mes deux oreilles, la relève est assurée. J’ai également l’occasion de faire connaissance IRL avec une de mes followers sur Twitter, Miss_Clark pour ne pas la nommer, une autre music-addict. Du coup pas le temps de m’ennuyer pendant cette demie-heure de battement.

si tu regardes attentivement, tu verras les petites étoiles qui apparaissaient pour certaines morceaux, très mignonnes 🙂

Le set de Beach House débute dans un noir quasi-complet, seules retentissent les premières notes de Wild et aussitôt je comprends que je m’apprête à vivre un moment magique. Je ne sais pas vous, mais moi depuis toujours, il y a des chansons qui font immédiatement travailler mon imagination. En gros, je me fais un film quoi. Mais attention, cela ne fonctionne que sur certaines chansons. Wild en fait partie. Depuis la première écoute, en mars de cette année, je m’imagine toujours la même scène. Cette chanson véhicule à la fois mélancolie et espoir, et à chaque écoute, elle me donne la force d’affronter certaines situations difficiles. Pour certains, ça paraîtra peut-être idiot de donner un tel pouvoir à une simple chanson, mais je sais que d’autres me comprendront. Evidemment je ne l’ai pas filmée car j’ai voulu profiter jalousement de ce moment en live.

Pendant ce premier titre, la lumière fût, au propre comme au figuré, et on a alors pu voir le décor : quatre palettes verticales dotées chacune d’une hélice et envoyant des faisceaux lumineux de couleurs différentes selon les morceaux, ainsi que le groupe, enrichi sur scène par un batteur. Enfin, quand je dis « voir », c’est beaucoup dire. En effet, l’éclairage reste très sombre pendant la majeure partie du concert, et c’est grâce au zoom de mon appareil photo que je peux observer l’énigmatique Victoria. Même si cette dernière parle parfaitement français, elle communique très peu avec le public. Tout du moins, pas par les mots. Mais elle semble complètement habitée par ses chansons, comme le montrent les mouvements de ses mains et surtout les headbangs (comme quoi, il n’y a pas que dans le metal qu’on trouve ce genre de pratiques). Et surtout, la grande force de Victoria c’est bien entendu sa voix tellement particulière et envoûtante, qui fait passer énormément d’émotions. Au final, des phrases aussi banales que « bonsoir Paris» et «on est content d’être là» auraient paru presque incongrues ce soir. Car un concert de Beach House, c’est finalement une sorte d’expérience personnelle, qui se vit intérieurement (donc pas de spectateurs qui crient et sautent partout). Les morceaux représentent alors la bande-originale du film que se fait chaque spectateur.

La set-list est essentiellement constituée de titres issus des deux derniers albums du groupe, à l’exception du petit bijou Gila et de Master of None, seules concessions faites au profit des deux premiers opus. Après Myth, une des chansons les plus « joyeuses » avec ses nappes de synthé enjouées, le groupe remercie le public parisien puis s’éclipse. S’ensuivront trois titres en rappel, avec en guise de clôture, le morceau Irene, qui clôt aussi l’album Bloom. Il n’y avait pas meilleur choix : en effet, la batterie hypnotique et lancinante fait l’effet de coups de boutoir menant à un délicieux eargasme.

Pour finir, je voudrais citer un passage d’une interview donnée par le groupe aux Inrocks en mai dernier pour la sortie de leur dernier album :

Y a-t-il quelque chose de particulier vous étant arrivé depuis Teen Dream qui aurait pu influencer l’écriture de Bloom ?
Alex : La dévastation de vieillir, celle de la perte d’une certaine innocence, le processus nécessaire pour la retrouver. Tu te fais baiser par tout un tas de choses, et tu dois te battre pour retrouver cette innocence ; c’est une très belle bataille.

Je pense que cela définit bien la musique de Beach House et les propos d’Alex Scally trouvent tout à fait écho en moi lorsque j’écoute leurs albums.

Session de rattrape : le groupe sera en concert le vendredi 22 mars 2013 à la Cigale. Ca serait une belle façon de commencer ce weekend printanier, j’dis ça, j’dis rien.

Set-list : Wild/Walk in the park/Other people/Lazuli/Gila/Norway/Master of none/The Hours/On the sea/Silver soul/Zebra/Wishes/Take care/New Year/Myth Rappel : Real love/10 mile stereo/Irene

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2 commentaires

  • zyblynn

    J’aime l’idée d’emmener mes enfants à des concerts (mais nous, ce sera plutôt Stuck, Soma, Vegas ou Blackfeet Revolution avec bouchons d’oreilles).
    J’aime l’idée d’enrichir mon imagination au son d’une chanson et lui conférer un pouvoir surnaturel.
    J’aime l’idée de me laisser habiter par la musique lors d’un concert au point de ne plus pouvoir bouger.
    Et par dessus tout, j’aime l’idée de me battre pour retrouver (conserver?)l’innocence de l’enfance, je le pratique au quotidien.
    J’ai donc eu grand plaisir à la lecture de cet article, mais je n’ai pas réussi à accrocher à leur musique (on ne gagne pas à tous les coups 😉 )

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